[a.MUA]

atelier Morphose Urbaine et Architecturale

Sultanhamet, cité-musée...

ou: Istanbul n'est plus…

Byzance, Constantinople, Istanbul…

Trois noms pour une cité, qui ont marqué une époque aujourd'hui achevée.

A Sultanhamet, le temps s'est arrêté, c'est une certitude.

Pour moi, à première vue, rien ne ressemblait à ce que j'attendais. Sans pour autant être déçue, je me rend compte, au bout de quelques heures, qu'on n'y voit dans la rue qu'hommes et vendeurs, rarement des femmes, ou alors voilées et scrupuleusement accompagnées. Où sont les enfants, les adolescents, les femmes que j'avais vu il y a quelques années? En dix ans, la Turquie aurait-elle pris le retour vers une radicalisation, alors qu'elle était issue d'une longue culture laïque (cf. Atatürk dans les années 1920)???

J'étais trop prise de doutes. Aussi, en prenant le tramway vers Taksim, j'ai vu défiler la vie d'Istanbul, la vie sur plusieurs années, son évolution. Au-delà de la Corne d'Or, on découvre une ville résolument moderne, plus européenne que bon nombre de villes continentales. Assurément, la nouvelle ville se trouve au Nord de la Corne d'Or, entre Taksim et Galata. Alors qu'à Sultahamet, le temps semble s'être arrêté. Pour qui? Les touristes, les religieux? Pour quoi? Une quelconque révolte contre la mondialisation?

Pour qui s'attend à appréhender Istanbul comme la cité des sultans, la porte de l'Orient, les harems fantastiques et autres souvenirs d'un lointain passé, les stambouliotes ont concocté une merveille de musée vivant. Encore mieux qu'à St Malo, Locronan, le Mont St Michel, Salers, et tant d'autres exemples français.

Avec toutes ces infrastructures touristiques, une vraie machine, allons, avouons-le, une pompe économique avec même des mannequins vivants qui vivent dans un autre temps.

Et puis? Et puis… quelques indices finissent par laisser penser que quelque chose cloche…

Aucune femme ni jeunes gens, ni enfants dans la rue ou dans les commerces. D'ailleurs, on n'y rencontre, en dehors des touristes, que des commerçants ou tout métier lié au tourisme, jamais de cadres par exemple. Dans le grand Bazar de Kapali Carsi, on distingue quelques locaux quand-même, mais je ne suis pas dupe: c'est leur sortie "du dimanche". Ce n'est pas ici que les stambouliotes font leurs courses!

Et pourtant, une ligne de tramway ultramoderne vient d'être mise en service. Elle nous mène de l'autre côté, sur la rive occidentale car Sultanhamet n'est ni orientale ni occidentale: elle est entre les deux, géographiquement et culturellement.

De l'autre côté, une autre ville, une autre vie nous attend. Ici, pas de touristes, mais du tertiaire et même du high-tech, des commerces de proximité qui vendent de tout, d'ailleurs (en passant des tournevis au détail par les fruits et légumes, jusqu'aux casseroles en quantité stupéfiante), des centres culturels, des écoles (autres que les medersas), et surtout...

Surtout pleins de stambouliotes dans les rues: des ados, des femmes "libres", des enfants, des hommes… Bref: de la vie! De la vie "à l'européenne", par contre.

L'avenir de la ville d'Istanbul est ici, assurément, en marche pour l'avenir.

Une page est définitivement tournée dans l'Histoire: Istanbul n'est plus, Taksim prend le relais.